On parle de plus en plus de bandes dessinées, et elles suscitent aujourd’hui un intérêt croissant auprès du grand public. Pourtant, peu de gens connaissent l’histoire fascinante de la bande dessinée au Bénin. Ce récit, tissé de passion, d’innovation et de persévérance, mérite d’être raconté.
Aux origines d’un art discret
La première bande dessinée réalisée par un auteur béninois voit le jour en 1978… à Cayenne, en Guyane française. Intitulée Candia, la petite Oyapockoise, cette œuvre pionnière est scénarisée et éditée à compte d’auteur par Jules Nago, professeur de sciences économiques. Un départ modeste, mais symbolique.
Il faut ensuite attendre 1989 pour voir paraître une bande dessinée éditée au Bénin même. Les enfants des années 2000 n’ont peut-être jamais entendu parler de Zinsou et Sagbo, l’œuvre marquante de Damien Hector Sonon, l’un des pionniers de la BD béninoise.
La montée d’un maître du trait : Hector Sonon
Alors au début de sa carrière, Hector Sonon se distingue rapidement comme figure centrale de la bande dessinée et de l’illustration. En 1992, il reçoit une reconnaissance internationale en étant primé au concours Calao, le tout premier concours pour dessinateurs africains.
Il s’associe avec l’écrivain et journaliste Florent Couao-Zotti pour créer des récits forts, aux thématiques riches, publiés dans plusieurs journaux à Cotonou. Leurs collaborations marquent une étape importante dans l’affirmation d’une BD béninoise audacieuse et engagée.
La structuration du mouvement : naissance de Bénin-Dessin
La fin des années 2000 marque un tournant décisif avec la création de l’association Bénin-Dessin. Sous la houlette de Sonon, mais aussi de Constant Tonakpa et Paul Dossou Kpitimé, l’association dynamise la scène locale.
En 2006, elle organise une première exposition intitulée Les héros de la bande dessinée béninoise, suivie, en 2009, par le premier Festival international de bande dessinée de Porto-Novo.
Cette même année, une étape majeure est franchie : la création des premiers dessins animés de l’histoire du Bénin. Le livre magique et Anna Bazil et le masque sacré sont réalisés avec le soutien de l’Union européenne. Le grand public découvre alors un nouveau visage de la BD béninoise, entre narration illustrée et animation.
Une scène en pleine effervescence
Depuis ces initiatives fondatrices, le paysage de la bande dessinée au Bénin a profondément changé. On assiste à une véritable explosion de la production d’albums, portée par une nouvelle génération d’artistes inspirés par leurs aînés.
Malgré des défis persistants — notamment le manque de maisons d’édition spécialisées et un lectorat encore limité — les auteurs béninois ne cessent de créer, d’expérimenter, de faire vivre la bande dessinée.
Un avenir prometteur
La scène actuelle est portée par une activité associative intense et une passion indéfectible. Les artistes, bien que confrontés à de nombreuses contraintes, continuent d’enrichir l’univers de la BD béninoise, ouvrage après ouvrage.
Ce que nous voyons aujourd’hui n’est sans doute que le début. L’histoire de la bande dessinée au Bénin ne fait que commencer, et les pages à venir s’annoncent déjà captivantes.

